lundi 27 juin 2016

Projet du centre : entre la peste et le choléra …

Lors du conseil municipal du mois de Mai, le maire avait conclu la séance en annonçant que le prochain ordre du jour serait très chargé. Effectivement de très nombreuses délibérations étaient au programme de l'édition de Juin avec une kyrielle de sujets très importants : centre du village, emprunt toxique, patinoire, subventions aux associations, tarifs de la cantine… De quoi passer une longue soirée.  Mais comme d’habitude, pas de débats contradictoires, impossible d'amener une vision différente de celle du maître de cérémonie sans se faire malmener. Les différents points ont été décidés en amont et avant 22h, tout était terminé malgré nos interventions.

Nous reviendrons bien sûr, sur tous ces sujets dans nos prochains articles mais il nous a semblé important de vous tenir informés, dès à présent, des décisions prises concernant l’aménagement du centre du village.

L’année dernière, l’équipe municipale a lancé un appel à projets en vue de vendre des parcelles communales à un investisseur pour la construction d’un hôtel et d’une résidence de tourisme  à la place de l’actuel parking et du bâtiment de la boucherie. Les documents présentés aux candidats précisaient également que cette opération serait complétée par la réalisation d’une voie de contournement passant à l’arrière de la mairie et rejoignant plus loin la route départementale. Les projets devaient tenir compte de cette future route.

Quatre candidatures ont été déposées en novembre et chacun devait, pendant l’hiver, préciser son projet et présenter un dossier plus complet. Un des quatre participants n’a pas donné suite. Au début du mois de juin, un jury composé d’Etienne Jacquet, Thierry Mirabaud, Elodie Boidard, Alain Musard, Christophe Gernigon, Anne-Charlotte Ansourian (directrice des Services Techniques) et Philippe Delahaye (nouveau Directeur Général des Services, arrivé la veille à ce poste) a étudié les 3 offres et un classement motivé a été établi lors de cette réunion.

Les 3 projets ont été classés par ordre de préférence par ce jury ... qui aura du mal à revendiquer ses connaissances de l’histoire contaminarde... Etant donné l’importance du sujet, il nous aurait semblé primordial que, au minimum, l’ensemble des conseillers soit invités lors de l’audition des 3 candidats en avril. Nous aurions alors pu questionner directement les investisseurs afin de mieux comprendre leur projet et ainsi peut-être, préciser des points importants qui auraient pu être modifiés et améliorés. Nous avons dû nous contenter de la consultation des dossiers sans aucune explication. Voici un résumé des 3 projets :

Projet A / Arrivé en tête de classement 



La société Quanim-Escrim propose d’acheter les terrains de la commune pour un montant de 1,6 million d’euros pour réaliser un hôtel 3 étoiles de 30 chambres, une résidence de tourisme 4 étoiles de 90 appartements, 126 places de parking pour les clients de ces logements et 4 boutiques. La résidence sera gérée par Odalys. Le permis sera déposé ce 30 juin 2016 et la livraison est prévue pour décembre 2018. Ce projet permettra d’avoir 72 places de stationnement public dont  9 sur la place du village. L’accès à ces stationnements et aux parkings de l’hôtel et de la résidence se fera par l’accès actuel du parking.



Projet B / arrivé 2ème du classement


Le prix d’achat des terrains est le même : 1,6 million d’euros. Ce projet comprend lui aussi un hôtel de 30 chambres, une résidence de tourisme de 90 appartements et un parking souterrain de 120 places réservées à la clientèle de ces hébergements dont l’accès se fait au sud de l’actuelle boucherie, en face du Mazot Gourmand. 62 places de stationnement public seront aménagées en extérieur. Les investisseurs proposent de vendre à la commune 48 places de parking supplémentaires pour 1,2 million d’euros.  

Projet C/ dernier du classement



Le prix proposé est de 2 millions d’euros pour un projet qui comprend une part importante de logements collectifs (lits froids).  Nous avons eu peu d’informations complémentaires sur ce 3ème projet car il semble que le dossier présenté était jugé incomplet et a été rapidement écarté par le jury.


Nous pensions que cette délibération serait précédée d’une présentation succincte des 3 projets accompagnée de quelques croquis pour nous éclairer, lancer les débats et informer le public présent. D’ailleurs, tout était prêt dans la salle du conseil : un écran était dressé et un rétroprojecteur posé sur la table. Mais c’était pour un autre point à l’ordre du jour, pas pour l’aménagement du centre !!! Sans aucune explication le maire a invité les conseillers à passer au vote. Bernard Chevallier a alors demandé que cette délibération soit reportée d’un mois afin que les habitants de la commune puissent consulter ces dossiers et donner leur opinion. « Cela n’est pas prévu par la loi, on a décidé d’un calendrier» a simplement répondu le maire. Pour lui, pas de place à la démocratie participative. C’est lui qui décide, avec l’aval aveugle de ses conseillers municipaux. Point barre !!! 

Effectivement, le conseil municipal a le dernier mot mais il peut, pour une décision aussi importante consulter l’ensemble des habitants, permanents ou non, pour l’aider dans son choix. Il aurait été simple de mettre à disposition du public un cahier pour déposer des remarques, des suggestions… Sans aucun doute, cela aurait permis de mieux cerner les besoins du village et les attentes des contaminards pour faire évoluer tel ou tel projet. On peut parier que des éléments pertinents et intelligents en seraient sortis. Mais comme l’a clairement expliqué le maire, « les enquêtes publiques n’ont aucune forme d’intérêt puisque finalement, on n’en tient pas compte ». De plus, il a ajouté qu'« aucune modification ne sera imposée après le dépôt du permis sur le projet choisi ». Que celui-ci plaise ou non aux concitoyens, cela importe peu à l’équipe municipale qui va imposer à tous sa décision.

Le projet A est donc sorti premier du vote des conseillers faisant ainsi suite au choix du jury. Si les 2 projets A et B sont proches en terme de logements proposés (hôtel et résidence de tourisme) ils différent de façon importante par l’architecture et l’organisation des espaces environnants. La décision prise par l’équipe municipale ne nous a pas étonnés car elle est dans la lignée de ses choix depuis mars 2014.

Projet A vue rive gauche


La disposition des bâtiments est la principale opposition : pour le projet A, la place est totalement fermée, sans aucune vue des montagnes environnantes. La hauteur des immeubles est difficilement appréciable sur les documents consultés en mairie mais parait avoisiner les 16 à 18 mètres de ce côté. De l’autre, il dépasse les 20 mètres avec 5 étages. De la rive gauche, on verra une barre d’immeubles digne de celle du Bionnassay de l’autre côté de la mairie. La disposition des bâtiments du projet B est, elle, basée sur un autre principe  avec des constructions un peu plus hautes côté place mais laissant des trouées vers le Mont-Joly et vers le fond de la vallée et notamment le domaine skiable. Nous n’avons malheureusement pas l’esquisse pour juger de la vue depuis la rive gauche mais on peut penser que l’effet « barre d’immeuble » aurait été moins présent. 

La place du projet B


Qui dit trouée, dit aussi par conséquent, ensoleillement de la place. Et on peut parier qu’en hiver, la place du projet A choisi ne verra pas beaucoup le soleil !!! Cette question avait en revanche été prise en compte pour l’autre projet dont le dossier comprenait une étude des ombres à différentes heures de la journée et selon les saisons. 

L’architecture proposée par les projets est nettement différente. Nous trouvons une nette ressemblance entre le projet choisi et le bâtiment construit à la place de la Cressoua et terminé en 2008. Nous pensons que ce style est aujourd’hui complètement dépassé et il le sera encore plus au moment de la livraison fin 2018. Le projet B a été jugé trop moderne. Une conseillère a même dit que cela lui faisait penser à Tignes. Est-elle déjà allée à Tignes ? Ce style architectural faisant une large place à la lumière aurait été acceptable en imposant des améliorations notamment sur le choix des parements.

Tignes


Deuxième opposition : l’organisation de la place. Pour le projet B, celle-ci est totalement réaménagée  et dédiée uniquement aux piétons puisque l’entrée du parking se fait ailleurs. Il faut d’ailleurs noter que cette impossibilité de stationnement sur la place fait partie des reproches émises par le jury au moment de son analyse. En effet, le maire ne pourrait plus y exposer son 4X4 !!! Pour le projet retenu, pas de changement par rapport à la situation actuelle : les voitures circuleront au même endroit pour accéder au parking mais au lieu des 4 places (taxi et handicapés) nous en aurons 9.  Les piétons seront mis à rude épreuve et devront slalomer entre les voitures pour accéder à l ‘office de tourisme. On reconnait bien là la volonté de l’équipe municipale de toujours donner la priorité aux voitures au détriment des piétons. Où se tiendront les animations dans ces conditions ? Le marché ? Nous aurions préféré une belle et vraie place de village ouverte sur le paysage et lumineuse.

Plan de projet A, retenu


Plan du projet B, non retenu

La dernière différence concerne les places de stationnement pour le public. Actuellement, 80 voitures peuvent se garer sur le parking de la place. Ces 2 projets aboutissent à une diminution de ce nombre : 72 pour le premier, 62 pour l’autre. Mais avec ce dernier, la commune avait la possibilité d’acquérir 48 places supplémentaires pour atteindre un total de 110 places.  Le manque de places de parking dans le centre est un lourd problème récurrent lors des fortes périodes d’affluence. Que ce soit en été les jours de marché ou en hiver en fin de journée, de nombreux automobilistes tournent désespérément car les places manquent. Le chiffre de 110 nous parait être un minimum pour un projet ambitieux pour notre village. L’équipe municipale pouvait décider d’investir une partie de l’argent issu de cette vente de terrain pour résoudre ce problème. Mais le maire a expliqué que le nombre de places de stationnement n’est pas sa priorité. Il préfère conserver l’intégralité des gains de la vente pour d’autres projets dont nous ignorons la nature. 

L’argent retiré de cette vente est l’unique motivation du choix fait par l’équipe municipale. Le projet qui rapporte le plus et qui sera construit le plus rapidement a été sélectionné. Les aspects architecturaux et les possibilités de stationnement sont passés à la trappe. Tout cela est résumé par les propos d’une conseillère qui a dit « entre un projet qui rapporte 1,6 million et un autre qui rapporte 400 000 euros, il n’y a pas photo ». L’objet même d’une municipalité est rayé avec ce commentaire. L’objectif des conseillers est de tout vendre pour avoir des liquidités. On abordera dans un prochain article les conséquences directes pour les familles. Le permis de construire va donc être déposé cette semaine et les travaux sont annoncés pour le début de l’hiver par le maire.

Disposition des bâtiments du projet A

Nous avons voté contre ce projet car même si la construction d’un hôtel et d’une résidence de tourisme est une bonne nouvelle pour les Contamines, cela ne peut pas se faire n’importe comment. L’aspect d’un centre de village est un élément important pour ses habitants et ceux qui le fréquentent. Cet endroit doit être un lieu de convivialité où l’on aime se retrouver. Il marque l’ambiance générale du village et comment on y vit. Et même s’il était loin de pleinement nous satisfaire, nous trouvions dans l’esprit de l’autre projet des éléments plus proches de notre vision d’un véritable centre de village montagnard avec notamment ses larges ouvertures vers les sommets. Lydie a refusé de participer à ce vote. Elle refuse de choisir entre la peste ou le choléra. C’est pour elle un simulacre de vote : aucun des projets n’est abouti, l’équipe municipale se précipite et vend les biens communaux pour éponger les très lourds travaux de la patinoire, du cabinet médical, et de l’office de tourisme. 

Avec la neige, les immeubles sont au même endroit !!!

La barre d’immeuble qu’impose l’équipe municipale va défigurer le village. Il n’y a aucune cohérence avec le bâtiment de la mairie, l’ensemble sera du plus mauvais goût et la place sera routière. Ceci en parfaite contradiction avec les indications du PLU en cours de création et qui coûte aux contribuables 90 000 euros. Tout ça pour ne pas faire une opération blanche, comme nous l’a reproché le maire après que nous ayons eu l’impertinence d’évoquer le projet développé par l’ancienne municipalité. Certes celui-ci ne gagnait pas d’argent, mais avait l’avantage de proposer une grande place piétonne, d’offrir un hôtel 4 étoiles, une résidence hôtelière de grand standing, un SPA et une vue préservée sur la montagne. Ce projet accueillait également l’Office de Tourisme, le local de l’ESF, le bureau des guides et permettait ainsi aux services de la mairie de descendre pour accueillir dignement le public au rez de chaussée du bâtiment actuel. Un ensemble de 120 places publiques de parking  souterrain était prévu avec un accès depuis l’arrière de la mairie et la création d’un rond point. Cela avait l’avantage de rendre facilement piétonne toute la rue depuis la mairie. Le commerce de la boucherie était préservé et différentes boutiques étaient crées. Un référendum était prévu afin que le plus grand nombre puisse s’exprimer sur l’architecture et aboutir ainsi à un vrai consensus. Ce programme a été abandonné sous des prétextes fallacieux par le maire avec l’aval de son conseil. On voit bien que la notion de démocratie n’est pas la même selon les municipalités


Grâce à ces images et ces quelques explications chacun pourra au moins se faire son opinion et c’est là l’essentiel. Même si l’avis des contaminards n’intéresse pas le maire et ses conseillers, nous vous invitons, maintenant que vous avez pris connaissance du projet qui doit être réalisé, à vous exprimer le plus possible sur ce sujet. Une enquête publique va être réalisée dans l’été pour changer le règlement du POS afin de construire ce bâtiment de plus de 20 mètres de haut. Cela fait suite à la délibération prise le mois dernier et qui nous avait questionnés : depuis quand modifie-t-on un Plan d’Occupation des Sols pour qu’un promoteur immobilier puisse poser son permis de construire ?  D’après ce que nous avons compris, des réunions publiques seront organisées dans les prochains mois pour vous informer des différentes phases de travaux avec, pour commencer la fermeture du parking public. Ce sera là aussi l’occasion de vous faire entendre. 

A bientôt pour de nouvelles infos.

Lydie Roch-Dupland et David Mermoud

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