lundi 5 octobre 2015

Le camping sacrifié

Lors du vote du budget communal au printemps dernier, nous nous étions largement interrogés sur la mystérieuse vente de biens communaux pour 1 million d’euros qui devait intervenir pendant l’année 2015 et qui devait permettre de financer les projets de l’équipe municipale.  Le maire avait alors refusé d’indiquer quels étaient les biens qui allaient être vendus « pour ne pas gêner les négociations en cours ». Si bien que nous avions contacté le sous-préfet pour lui faire part de nos inquiétudes face à un budget qui nous semblait très opaque. Monsieur Bianchi avait répondu à nos questions après s’être informé auprès du maire. Et en effet, le budget communal reposait sur la vente du camping, des terrains de la Balme et des droits à bâtir de la ZAC du Plane. 



Le camping municipal va donc être vendu très prochainement. Le maire a tenté de justifier cette vente par des raisons qui sont loin de nous avoir convaincus. Mais pour bien comprendre la situation, un petit retour en arrière s’impose.

Le camping du Pontet a été construit au début des années 80. Trente ans plus tard, il ne correspond plus aux nouvelles demandes de la clientèle ni aux normes actuelles (chauffage, isolation, sanitaires…). La précédente municipalité avait envisagé de lancer d’importants travaux de réhabilitation mais face aux coûts correspondants elle avait dû revoir le projet à la baisse. Elle avait alors opté pour un nouveau mode de fonctionnement : une Délégation de Service Publique (DSP) venait remplacer la mise en gérance.  Aussi en 2012, un contrat de DSP avait été signé entre la commune et les délégataires Marc et Géraldine Rosaz. Ce contrat d’une durée de 15 ans reposait sur le financement d’importants travaux de rénovation. La commune prenait l’engagement de réaliser des travaux pour un montant de 450 000 euros sur 15 ans et de leur côté, les délégataires devaient financer des aménagements pour un montant total de 730 000 euros. Ainsi, sur la durée du contrat,  1 118 000 euros devaient être dépensés pour donner un nouvel essor au camping municipal. Et comme, ce contrat de délégation prévoyait en plus le paiement d’une redevance de 20 000 euros par an à la commune, soit 300 000 sur 15 ans, le coût final pour la commune n’était que de 150 000 euros, soit 10 000 euros par an. 



Un autre élément est à noter : une partie des travaux doit être réalisée rapidement afin que le camping puisse conserver son classement de 3 étoiles. Il avait été prévu d'engager les investissements les plus lourds en début de contrat (isolation du toit par exemple) et pour cela, de mobiliser des sommes importantes. Cela nécessitait une forte volonté de la commune de restaurer son camping. Mais les élections de 2014 ont cassé cette dynamique…

Il est clair que la rénovation du camping ne rentre pas dans les priorités de l’équipe municipale. Face à cette situation, les délégataires se sont retrouvés bloqués. Ils attendaient que la commune lance sa part des travaux mais comme celle-ci tardait à venir, l’achat du camping leur est apparu comme la solution pour assurer leur avenir. 



Aujourd‘hui, l’équipe municipale nous explique que la commune n’est pas en mesure de tenir ses engagements et doit se séparer de son camping. Nous avons du mal à comprendre ces arguments. Comment ? La commune ne peut pas dépenser 10 000 euros chaque année pour le camping ? Pour rappel, les investissements prévus pour 2015 sont de 2 589 000 euros. Le maire précise que la commune « n’est pas objectivement en mesure de tenir ses engagements ». S’il y a bien une décision qui n’est pas objective, c’est celle-là. L’équipe municipale a décidé de lancer de nouveaux projets et de ne pas investir dans le camping municipal. C’est tout à fait son droit. Pourquoi justifier ce choix par des problèmes financiers ? La décision a été prise d’investir l’argent de la commune principalement dans une maison de la Réserve Naturelle et une patinoire. Elle aurait aussi bien pu choisir par exemple de consacrer une partie du budget communal pour refaire le toit du camping. Pourquoi ne pas expliquer simplement que cette vente est le résultat d’un choix politique ? Est-ce si difficile d’assumer cette décision ? Pourquoi toujours essayer de faire porter la responsabilité sur les anciennes municipalités ?





Les raisons de la vente du camping viennent du fait que l’équipe municipale cherche à financer ses projets sans lancer de nouveaux crédits, et pour cela, elle est prête à se séparer au plus vite de certains biens qui lui appartiennent. On peut affirmer que le camping est aujourd’hui sacrifié pour pouvoir réaliser d’autres projets. Le premier magistrat de la commune a besoin d’un million d’euros pour boucler son budget 2015, il a cherché comment obtenir les sommes correspondantes. Et c’est le camping qui passe à la trappe. 

Le maire explique que la commune « ne peut pas conserver des équipements qui lui coûtent de l’argent » et qu’elle ne peut garder que ce qui lui en rapporte. Si on suit ce raisonnement, la commune risque de devoir se séparer de la plupart de ses équipements touristiques. Une phrase qu’il est très étrange d’entendre au moment même où sont entrepris les travaux de construction de la nouvelle patinoire. Cet équipement touristique ne fera certainement pas gagner d’argent, mais risque d’être rapidement déficitaire vu sa consommation d’électricité estimée à 5 000 euros par mois, comme nous l’a annoncé le maire au cours d’un précédent conseil municipal. Il est important de savoir que les coûts de fonctionnement d’une patinoire artificielle sont énormes.



La vente du camping va permettre de faire entrer 724 000 euros dans les caisses de la commune. Le prix de vente a été estimé à 862 000 euros mais la commune doit indemniser les délégataires pour compenser leurs investissements réalisés depuis 2012. Mais en contrepartie elle perd le contrôle de la gestion du camping. La délégation de service publique prévoyait une série de  points qui devaient être respectés : la période d’ouverture, une offre adaptée à l’esprit de la station, le développement dans le respect du site, les services proposés à la clientèle, l’évolution des tarifs, les liens avec l’Office de Tourisme…Quand le camping sera vendu, le nouveau propriétaire prendra ses propres décisions. 

Plus largement, rien ne garantit qu’un camping continuera d’exister aux Contamines et sa disparition serait très préjudiciable pour notre station. A la question posée lors du conseil municipal, il a été répondu que dans le nouveau PLU, il sera inscrit que cet emplacement sera réservé à une activité de camping. Cela sera-t-il réellement possible ? Pourra-t-on créer une zone spécifique pour ces parcelles  avec les particularités de ce lieu situé au bord du Bonnant ? Les services de l’Etat le permettront-ils ? Nous l’espérons.



Cet achat représente un lourd investissement pour le nouveau propriétaire pour développer son outil de travail. Nous lui souhaitons de pouvoir mener à bien ses projets de rénovation et de développement, et une belle réussite professionnelle au camping du Pontet.


A bientôt pour de nouvelles infos.

Lydie Roch-Dupland et David Mermoud

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